Rapport annuel 2026 du COR : le niveau de vie des futurs retraités sous pression ?

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a publié son rapport annuel 2026 le 11 juin. Que nous apprennent ses travaux sur l’avenir du système de retraite ? Si le rapport ne conclut pas à un effondrement du système, il confirme un déficit durable et une évolution défavorable du niveau de vie relatif des futurs retraités. Une question apparaît alors : celle des moyens mobilisables pour préserver son pouvoir d’achat à la retraite.

18 juin 2026

Le cœur du problème : une démographie en berne.

Le COR est l’instance publique de référence chargée par l’État d’analyser les perspectives du système de retraite français. Chaque année, il actualise ses projections sur les dépenses, les ressources et l’équilibre financier du système. Dès son premier rapport, paru en 2001, il identifie un besoin de financement du système des retraites à long terme. Depuis la crise de 2008 et le début du départ à la retraite des baby-boomers, le système est en effet déficitaire, et pose la question de sa soutenabilité.

Dans le système français, les actifs financent les pensions des retraités, selon le principe de répartition. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la pyramide des âges était très favorable : on comptait cinq personnes d’âge actif pour une personne de 65 ans ou plus. 80 ans plus tard, la démographie a changé en profondeur : dans son rapport annuel 2025, le COR indiquait qu’il n’y avait plus que 2,6 personnes d’âge actif par personne de 65 ans ou plus en 2024, et qu’il n’y en aurait qu’1,76 en 2070.

Le rapport 2026 accentue ce diagnostic : le nombre de personnes d’âge actif pour une personne de 65 ans et plus est désormais de 2,5 en 2025, et ne serait plus que d’1,62 en 2070 dans le scénario de référence. En effet, la singularité du nouveau rapport tient notamment à l’actualisation des hypothèses démographiques. Le COR intègre ainsi la baisse durable de la fécondité, ce qui modifie l’équilibre de long terme entre les générations. Avec moins de naissances, les actifs représenteront une base de financement plus étroite pour les pensions futures.

Un système durablement déficitaire.

En conséquence, le déficit du système de retraite, à hauteur de 0,2 point du PIB en 2025, atteindrait 2,4 points en 2070. Ce déficit s’explique par un double mouvement : des dépenses qui progresseraient à long terme, et des ressources qui diminueraient en part de PIB. Représentant 14,1 % du PIB en 2025, les dépenses atteindraient 15,3 % en 2070, en particulier à cause de la baisse de la natalité. Cette dernière pèserait ainsi sur la taille de la population active future, et donc sur la base de financement des retraites. Dans le scénario de référence, le COR prévoit également que les ressources ne progresseraient pas assez vite pour suivre les besoins de financement. Ainsi, elles passeraient de 13,9 % du PIB en 2025 à 12,9 % en 2070, notamment en raison de la baisse progressive de certaines subventions publiques. Autrement dit, l’écart entre les dépenses et les ressources du système se creuserait progressivement.

Pour remédier à cette situation, plusieurs solutions sont possibles, chacune avec des effets socio-économiques différents. Augmenter les cotisations pourrait avoir des effets récessifs, tandis que reculer l’âge de départ à la retraite soulève plutôt des questions sociales. Une baisse des pensions est également envisagée : le débat porte ainsi sur la répartition de l’effort entre actifs, retraités, entreprises et finances publiques.

L’enjeu pour les Français : le niveau de vie des futurs retraités.

Dans ce contexte de tension financière, le COR prévoit aussi une baisse relative du niveau de vie moyen des retraités. Ainsi, celui-ci représentait 100,2 % du niveau de vie moyen de l’ensemble de la population en 2023, mais ne serait plus que de 90,3 % en 2070. Les pensions continueraient de progresser, mais moins vite que les revenus d’activité.

En effet, même si le déficit n’explique pas à lui seul la baisse du niveau de vie relatif des retraités, il limite les marges de manœuvre budgétaires pour l’éviter : maintenir le niveau relatif des pensions devient plus difficile. Pour contenir la progression des dépenses, le système repose déjà en partie sur une modération relative des pensions : celles-ci sont indexées sur les prix plutôt que sur les salaires. Or, ces derniers augmentent plus vite, portés par les gains de productivité. Ce mécanisme contribue à creuser progressivement l’écart entre le niveau de vie des actifs et celui des retraités à l’horizon 2070.

Pour les fonctionnaires, cette situation risque d’être aggravée par le gel du point d’indice, ce qui pèse à terme sur le niveau des pensions. Les primes, qui représentent une part importante du revenu des fonctionnaires, sont également peu prises en compte dans le calcul de la pension. C’est pourquoi le COR prévoit une diminution du taux de remplacement des salaires par les pensions. Ce taux désigne la part du dernier revenu d’activité couverte par la pension au moment du départ à la retraite. Il passerait d’environ 75 % pour les salariés non-cadres du privé nés dans les années 1950 à près de 69 % pour ceux nés en 2000.

Pour un fonctionnaire de catégorie B, la baisse serait encore plus marquée, avec un taux qui se stabiliserait autour de 56 %. Prenons un exemple : un fonctionnaire en fin de carrière percevant 3 000 € par mois, dont 2 400 € de traitement indiciaire et 600 € de primes. Avec un taux de remplacement de 56 %, sa pension ne représenterait donc que 1 680 € par mois, avec une perte de revenu d’environ 1 320 € par mois.

Préparer sa retraite face à l’incertitude

Ces projections ne prédisent pas l’avenir de façon certaine. Pour autant, elles incitent à préparer sa retraite, dans ce contexte où les équilibres sont appelés à évoluer. Un constat reste clair : la retraite obligatoire ne suffira pas toujours à maintenir le niveau de vie à la retraite, en particulier pour les fonctionnaires. Le COR relève toutefois que cette diminution relative pourrait être atténuée, par exemple par un accroissement de l’épargne au cours de la vie active.

Ainsi, même si le système par répartition continuera de jouer un rôle central, les pensions pourraient progresser moins vite que les revenus d’activité. C’est là que l’épargne retraite trouve toute son utilité. En effet, dans ce contexte d’incertitude et de tension financière, le PER peut constituer un outil utile pour bâtir progressivement un complément de revenu à la retraite et maintenir son niveau de vie. Chez Préfon, cette question concerne tout particulièrement les fonctionnaires et contractuels du service public, dont la pension future dépend à la fois des règles de retraite, de l’évolution des traitements indiciaires et de la part des primes dans la carrière.

Le dernier rapport annuel du COR nous rappelle ainsi l’intérêt d’agir dès aujourd’hui pour préparer sa retraite, et mieux préserver son pouvoir d’achat.