Niveau de vie, patrimoine, consommation et épargne des retraités : Que nous dit le dossier préparé par le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) ?

Les retraités sont-ils vraiment plus favorisés qu’on l’imagine ? Quel éclairage nous apporte le COR sur leur niveau de vie, leur patrimoine et leur épargne ?

17 mars 2026

La garantie d’un niveau de vie satisfaisant pour les retraités, actuels ou futurs, constituant la finalité d’un système de retraite équitable, le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) a mené une étude sur leur niveau de vie, leur patrimoine et leurs comportements en matière de consommation et d’épargne. L’analyse très détaillée* qui en découle, montre qu’il existe un certain distinguo entre les chiffres publiés et les perceptions qui peuvent en être faites par la population.

Ainsi concernant le niveau de vie médian** des retraités et des actifs : 49% des enquêtés évaluent le niveau de vie moyen des retraités comme étant moins bon que celui de l’ensemble de la population, contre 20% qui le considèrent comme meilleur. En réalité, le niveau de vie des retraités, égal au revenu disponible des ménages (RDB), est globalement équivalent à celui de l’ensemble de la population - une fois notamment pris en compte les autres revenus, ceux du patrimoine en particulier, ainsi que le système socio-fiscal - et il s’avère l’un des plus hauts comparé à ceux d’autres pays européens***.

Nuance toutefois : le montant des pensions est en moyenne moins élevé que les revenus des actifs. Ceux des retraités sont principalement composés de leur pension à laquelle s’ajoutent d’autres ressources patrimoniales. À titre indicatif, en 2022, le revenu mensuel disponible d’un ménage de retraités s’élevait à 2 755 euros, celui d’un ménage d’actifs à 4 071 euros. Le mythe selon lequel les retraités seraient en moyenne plus riches que les actifs est ainsi mis à mal. Mais, et c’est une autre nuance, si les ménages retraités ont des revenus disponibles plus faibles, ils sont de plus petites tailles : un ménage retraité compte en moyenne 1,5 personne contre 2,5 pour les ménages actifs qui ont encore leurs enfants à charge.

Autre donnée mentionnée par l’étude du COR, le passage à la retraite ne s’accompagne pas d’une dégradation du niveau de vie. Mieux, pour les personnes hors de l’emploi avant la retraite, plus de la moitié voient leur niveau de vie nettement augmenter. C’est également le cas pour 35% des personnes en emploi juste avant leur retraite. Dans l’ensemble, note le COR, la diminution du taux de pauvreté est de 4,1 points de pourcentage lors de la retraite.

Résumons : le niveau de vie relatif des retraités a beaucoup augmenté ces trente dernières années, en particulier entre 1970 et le milieu des années 1990, de l’ordre de 30 points. Puis, il s’est stabilisé à ce niveau et il est devenu équivalent à celui de l’ensemble de la population, grâce notamment à l’amélioration des carrières, en particulier féminines, et à la montée en charge du système de retraite.
Par ailleurs, outre une hausse du niveau de leur pension, les retraités qui possèdent un patrimoine ont pu bénéficier de l’augmentation des revenus de celui-ci. Qu’en sera-t-il pour les décennies à venir ? Selon le COR, le niveau de vie relatif des retraités diminuerait progressivement, en raison du durcissement des règles de calcul des pensions et de carrières moins dynamiques.

Qu’en est-il de leur patrimoine comparé à celui des actifs ?
Globalement, les ménages retraités détiennent un patrimoine brut plus élevé que les actifs (+2,5%) et que l’ensemble des ménages (+6,2%). En net (déduction faite des emprunts privés et professionnels), l’écart avec les actifs est encore plus grand (+29%), soit 310 000 euros contre 240 000 euros. La raison essentielle tient au fait que les retraités, souvent propriétaires de leur logement, sont moins endettés que les ménages d’actifs.

Les retraités et l’épargne : en quête d’une stabilité et d’une sécurité pour se protéger des aléas de l’avancée en âge
La lecture du dossier du COR montre que les retraités, pour la plupart, continuent d’épargner. Le taux net augmente avec l’avancée en âge, passant de 4% pour les 18-29 ans à 15% pour les 50-64 ans, puis se maintient à 8% pour les 65 ans et plus, selon les travaux récents de l’Insee. Ce recours à l’épargne revêt plusieurs causes, mais l’une d’entre elles se détache, à savoir les potentielles dépenses de santé. Si la consommation des retraités diminue une fois à la retraite (on passe d’une consommation marchande à une production domestique et une consommation plus efficace), si le patrimoine moyen reste relativement stable avec l’âge, en revanche les dépenses de santé restantes à la charge des ménages s’accroissent : pour celles et ceux qui ont 70 ans et plus, le taux d’effort représente 7% des revenus contre environ 3% chez les moins de 40 ans.

Les retraités épargnent donc par précaution pour faire face aux risques de santé, à la perte d’autonomie à domicile et à sa prise en charge, à la résidence en établissement. À cette démarche largement partagée, un grand nombre de retraités privilégient également l’épargne pour transmettre un patrimoine - notamment immobilier et majoritairement conservé tout au long de la retraite - à leurs enfants et petits-enfants.

*Le dossier a été préparé par le Secrétaire général du Conseil et présenté lors d’une séance plénière du COR le 5 février 2026.
**Le niveau de vie est une mesure économique et non le montant réel des revenus perçus. Il est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC). Il permet des comparaisons entre les personnes, quelle que soit la composition du ménage.
*** Selon une étude de l’OCDE (publiée en 2025), en Belgique et aux Pays-Bas, le niveau de vie relatif des 65 ans et plus représentait respectivement 78% et 81% du niveau de vie de l’ensemble de la population contre 98% en France. Pour les + de 75 ans, le décrochage est faible en Allemagne (- 4 points de pourcentage) et en France (-7 points) alors qu’il est très important en Suède (-25 points).