Notations ESG : l’Europe renforce les règles et le marché se réorganise
Comment savoir si les évaluations ESG utilisées par les investisseurs sont fiables ? Depuis le 2 juillet 2026, les agences qui les produisent sont soumises à un nouveau cadre européen. Au même moment, EthiFinance et ESG Book ont annoncé leur rapprochement. Deux actualités qui éclairent un maillon essentiel de la finance durable.
17 juil. 2026

À quoi sert une notation ESG ?
Pour étudier une entreprise, les investisseurs ne regardent pas seulement ses résultats financiers. Ils peuvent aussi examiner ses émissions de gaz à effet de serre, ses relations avec ses salariés, le respect des droits humains ou encore le fonctionnement de sa direction.
Ces informations correspondent aux trois dimensions ESG : environnement, social et gouvernance. Des agences spécialisées les rassemblent et les analysent afin d’attribuer une note ou de formuler une appréciation. Les investisseurs peuvent ensuite utiliser ces évaluations pour sélectionner des entreprises, surveiller les risques présents dans leurs portefeuilles ou comparer plusieurs acteurs d’un même secteur.
Toutes les notes ESG ne mesurent toutefois pas exactement la même chose. Certaines cherchent surtout à évaluer les conséquences des activités d’une entreprise sur l’environnement et la société. D’autres s’intéressent davantage aux risques que le climat, les tensions sociales ou les problèmes de gouvernance peuvent faire peser sur sa situation financière. Une même entreprise peut donc recevoir des évaluations différentes selon la méthode et les données retenues.
Une notation ESG ne doit pas non plus être confondue avec un label ou une classification comme l’Article 8 SFDR. Elle porte généralement sur une entreprise ou un instrument financier. Un label ou une classification apporte, de son côté, des informations sur un fonds ou un produit d’épargne.
Pourquoi l’Union européenne intervient-elle ?
Les notations ESG occupent une place croissante dans les décisions d’investissement, alors que leurs méthodes restent parfois difficiles à comprendre et à comparer. L’Union européenne a donc adopté un règlement destiné à améliorer leur transparence et leur fiabilité, tout en limitant les risques de conflits d’intérêts.
Ce texte s’applique depuis le 2 juillet 2026. L’Autorité européenne des marchés financiers, plus connue sous son sigle anglais ESMA, devient le superviseur direct des fournisseurs de notations ESG qui proposent leurs services dans l’Union européenne.
Les fournisseurs concernés doivent d’abord signaler à l’ESMA leur intention de poursuivre leur activité. Une première notification doit être adressée à l’ESMA. Les prestataires pourront ensuite déposer leur demande d’enregistrement entre le 2 août et le 2 novembre 2026. Ils devront notamment fournir des informations sur leurs méthodes, leurs sources de données et leur organisation. Le nouveau cadre prévoit aussi des règles pour mieux séparer certaines activités et prévenir les conflits d’intérêts.
Dans une première liste actualisée le 9 juillet 2026, l’ESMA recensait 24 entreprises ayant effectué cette notification. Parmi elles figuraient trois sociétés françaises : EcoVadis, EthiFinance Sustainability et SESAMm.
Cette présence sur la liste ne vaut pas encore autorisation : elle signifie seulement que ces entreprises ont déclaré vouloir continuer à exercer dans l’Union pendant la période de transition.
Pourquoi EthiFinance et ESG Book se rapprochent-elles ?
Une semaine après l’entrée en application du règlement, EthiFinance et ESG Book ont annoncé leur rapprochement. La première, créée en France, exerce notamment dans la notation de crédit et la notation ESG. La seconde, fondée en Allemagne, fournit des données de durabilité, des analyses de portefeuille et des outils numériques aux acteurs financiers.
L’entité issue de l’opération doit exercer sous la marque EthiFinance. Elle réunira les activités de notation, les données et les outils d’analyse des deux entreprises. Leur objectif affiché est de disposer d’une couverture internationale tout en proposant une offre conçue en Europe, sur un marché aujourd’hui largement occupé par de grands groupes américains.
Cette opération illustre la concentration du secteur. Produire des évaluations sur un grand nombre d’entreprises demande en effet beaucoup de données, des équipes spécialisées et des outils techniques importants. Le rapprochement doit permettre aux deux acteurs de changer d’échelle et de proposer leurs services à davantage d’investisseurs, de banques et d’entreprises.
Qu’est-ce que cela change pour l’épargnant ?
Le changement n’est pas directement visible sur un contrat d’épargne. Il intervient en amont, dans les informations utilisées par les professionnels qui gèrent les fonds. Une meilleure transparence doit leur permettre de savoir plus précisément ce que mesure une notation ESG et comment elle a été construite.
Pour l’épargnant, cet encadrement constitue donc un progrès utile, mais pas une garantie absolue. Une bonne note ESG attribuée à une entreprise ne prouve pas, à elle seule, qu’un fonds est durable. Elle ne remplace ni l’examen de la stratégie d’investissement, ni les éventuelles exclusions sectorielles, ni la présence d’un label, ni le suivi des résultats publiés par le gestionnaire.
Le nouveau règlement européen et le rapprochement entre EthiFinance et ESG Book montrent ainsi que la finance durable dépend aussi de la qualité de ses outils de mesure. Mieux encadrer ceux qui produisent ces évaluations ne règle pas toutes les difficultés, mais peut aider les investisseurs et les épargnants à disposer d’informations plus claires.
