Finance durable : la jeunesse à l'épreuve du temps long
Comment agir face à des enjeux qui dépassent l’échelle individuelle ? Lors du lancement de la Semaine de la Finance Responsable à Citéco, le baromètre IFOP-FIR, une table ronde sur la jeunesse et l'intervention de la Fondation MSF convergent : la patience collective prime sur l'impact immédiat.
24 sept. 2026

Le 22 septembre à 18h, le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) a inauguré à la Cité de l’économie (Citéco) la 17e édition de la Semaine de la Finance Responsable. Préfon, membre du FIR, était présente en cette occasion pour assister aux interventions qui ont ponctué cette soirée enrichissante.
Vida Konikovic, directrice de Citéco, est d’abord intervenue pour présenter la mission de Citéco, premier musée d’Europe consacré à l’économie, et annoncer l’ouverture de la saison sur le thème de l’innovation. Elle a rappelé qu’il s’agissait pour Citéco de la deuxième année d’accueil de la soirée d’inauguration.
Aurélie Baudhuin, présidente du FIR, a ensuite pris la parole pour soulever le thème de la table ronde à venir : la jeunesse, dont elle a souligné l’importance de l’engagement pour le changement. C’est ensuite Thiên-Minh Polodna, responsable de la commission grand public au FIR, qui a assuré la transition entre les différentes interventions.
Le baromètre IFOP : une sensibilité réelle, une connaissance encore faible.
Le premier temps de la soirée a été consacré au dévoilement du baromètre annuel « Les Français et la finance responsable », réalisé pour le FIR à partir d’un sondage proposé fin août auprès d’un échantillon représentatif de 1000 personnes. Fabienne Gomant, directrice adjointe du pôle Opinion de l’IFOP, a présenté en avant-première les résultats de ce baromètre.
Ce dernier, qui met cette année un accent particulier sur les 18-34 ans, relève d’abord que 87 % des Français possèdent au moins un produit d’épargne, et 52 % un produit hors livret. Si seulement 17 % des épargnants disent connaître l’investissement responsable, ce taux atteint 23 % chez les 18-24 ans et 26 % chez les 25-34 ans, illustrant une connaissance plus élevée parmi les jeunes.
Les jeunes accordent aussi plus fréquemment une place importante aux critères environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placement : 68 % chez les 18-24 ans et 65 % chez les 25-34 ans, contre 52 % des épargnants en général. Seuls 16 % des épargnants ont reçu une proposition d’investissement sur un fonds responsable par leur conseiller bancaire, mais leur appétence est réelle : 62 % de ceux qui ont reçu une proposition de ce type ont accepté un investissement.
Le baromètre a enfin relevé que les jeunes sont également plus fréquemment convaincus de l’impact de l’investissement responsable : si 47 % des épargnants pensent pouvoir agir sur l’environnement et la société via leur épargne, ce taux atteint 65 % chez les 18-24 ans.
Table ronde : la jeunesse face à la lenteur du changement
Cette première intervention a permis d’ouvrir le débat sur l’engagement de la jeunesse pour un monde durable. Aurélie Verronneau, journaliste à RSEDATANEWS, a animé une table-ronde réunissant quatre intervenantes : Fabienne Gomant, Mélanie Comble (manager en finance durable chez Carbon 4), Perrine Cornu (présidente du collectif Reboot) et Oriane de Pestivien (directrice générale de l’Institut de l’engagement).
Les intervenantes ont présenté leur parcours et leur organisme. L’Institut de l’engagement accompagne depuis 2012 des jeunes ayant eu un parcours difficile via l’engagement citoyen, avec plus de 11 000 jeunes accompagnés, et des programmes comme « Les premiers secours de la planète ». Reboot propose deux programmes depuis 2021 à destination des personnes souhaitant approfondir leurs connaissances en finance durable et savoir comment elle peut être mise au service des enjeux climatiques : le Bootcamp et Épargne. Enfin, Carbon 4 est un cabinet de conseil en stratégie climat pour des institutions financières, avec une équipe d’une dizaine de personnes.
Les intervenantes ont partagé des constats communs, comme la difficulté d’articuler une naïveté initiale à la sortie des études sur la possibilité de changer le monde, avec la lenteur du changement systémique. Le jargon financier a été identifié comme un frein majeur à l’adhésion du grand public, comme l’existence d’inégalités d’épargne : même au sein de la jeunesse, les femmes épargnent par exemple 37 % de moins que les hommes. La question de l’éducation financière de base a aussi été soulevée, comme préalable indispensable avant même d’évoquer l’investissement responsable, en particulier pour les jeunes de milieux modestes.
La table ronde s’est terminée sur plusieurs propositions, comme la création d’espaces d’échange entre jeunes, et le renforcement du mentorat pour aider à l’insertion des jeunes dans le milieu de la finance responsable.
Intervention de la Fondation MSF : un pas de côté vers l'innovation humanitaire
La soirée s’est terminée par une intervention de Nicolas Mottis, président de la Fondation Médecins Sans Frontières (MSF). Il a proposé un pas de côté sur un autre domaine : l’innovation humanitaire. Nicolas Mottis a rappelé l’importance du mouvement MSF, qui emploie plus de 67 000 personnes dans le monde pour un budget mondial de plus de 2 milliards d’euros, financé à 98 % par des donateurs privés, avec une organisation très décentralisée.
La Fondation MSF, qu’il préside, est elle-même autonome. Elle finance et pilote plusieurs projets d’innovation, comme des prothèses en impression 3D, un projet de dépistage du cancer du col de l’utérus, et une application smartphone d’analyse d’images de boîtes de Pétri par IA pour lutter contre l’antibiorésistance.
Nicolas Mottis a présenté plusieurs parallèles entre l’innovation humanitaire et la finance responsable : la qualité humaine des personnes engagées, la centralité de la notion d’impact, la dimension du débat sur des sujets de société sensibles, l’existence de parties prenantes variées, l’importance d’une gouvernance de qualité, la nécessité de gérer la frustration, et la conviction qu’il reste possible d’avancer de manière utile dans la durée.
C’est cet appel à ne pas céder au découragement et à poursuivre et renforcer l’engagement pour un monde plus durable qui a clôturé cette soirée d’inauguration particulièrement enrichissante.
De l'appétence naissante des jeunes épargnants aux prothèses imprimées en 3D de la Fondation MSF, cette soirée aura finalement tracé un même chemin : celui d'un engagement qui se construit patiemment, par petites avancées, plutôt que par un basculement soudain. Une leçon que Préfon, elle aussi engagée sur ces enjeux au quotidien, retient avec intérêt.
