Retraite et Europe : Le meilleur des systèmes existe-t-il ?

Quelles différences entre notre système de retraite et celui de nos voisins ? Sommes-nous mieux ou moins bien lotis qu’eux et certains seraient-ils des modèles à suivre ? En moins de trente minutes, Préfon-le Podcast fait un tour d’horizon européen de la retraite, en compagnie de trois experts.

Comparer les systèmes n’est pas chose facile. Certes, l’histoire distingue le modèle dit allemand – bismarckien – fondé sur la contribution, du modèle dit britannique – beveridgien – qui en appelle à la solidarité nationale pour ouvrir des droits universels et uniformes. Mais, comme le souligne Yves Stevens, professeur à l’université́ de Louvain, ces deux archétypes n’ont jamais existé, la réalité les hybridant de manières diverses pour donner lieu à la coexistence, en Europe, de « 27 systèmes tous différents, issus d’histoires, de cultures et de techniques différentes ».

Comparaison n’est pas raison

De même, dissocier répartition et capitalisation trouve rapidement ses limites. Bien sûr, la première, qui consiste au « financement par les salariés des retraites en cours de paiement » ainsi que le rappelle le secrétaire général adjoint de l’Association allemande des institutions des retraites des communes et des églises (AKA), Hagen Hügelschäffer, oppose une vision collective – « un pacte social », insiste Philippe Soubirous, secrétaire général de la Préfon et administrateur de l’EAPSPI – à la cotisation individuelle. Mais la frontière se fait, là aussi, de plus en plus poreuse, notamment avec la mise en place du système « des trois piliers », promu par la Banque mondiale et adopté par les anciens pays de l’Est : un pilier légal de base, un pilier d’épargne complémentaire obligatoire, un pilier d’épargne supplémentaire facultative. Une architecture « désormais présente partout dans le monde mais qui n’y revêt pas les mêmes réalités », prévient Yves Stevens. La France, par exemple, est le seul pays à présenter un deuxième pilier par répartition.

Pas de modèle européen

Aussi, à l’heure des réformes et alors que partout s’instaure un régime universel (seules la France, la Belgique et l’Allemagne disposent encore de systèmes spécifiques), quel serait le bon exemple à suivre ? « Il n’y a pas de modèle », répondent unanimement les experts. D’abord parce que « les régimes de retraite sont le reflet des relations sociales et des relations de travail » avance Philippe Soubirous ; ensuite parce que la question pointe surtout « l’adéquation » d’un dispositif aux ambitions locales de financement, de solidarité, etc. complète Hagen Hügelschäffer. Bref, « un système de retraite représente bien plus qu’un modèle mathématique ou économique. Il repose sur une histoire, une construction sociale, s’appuyant ainsi, en France, sur un pacte social que symbolise la part des retraites publiques dans le PIB », résume le président de Préfon, Philippe Sebag. Seules deux certitudes demeurent donc : les pays ayant, à l’instar de la Suède, pris le temps de réformer rencontrent un plus fort taux d’acceptation. Et dans ce contexte, « préparer sa retraite est un acte responsable auquel Préfon répond précisément », comme l’a conclu Philippe Sebag.