« Agir, relier, éclairer » Entretien avec Jean-François Verdier, président de SeRViR Alumni

En mouvement, agissante, SeRViR Alumni se relance. Jean-François Verdier, son président, détaille son plan d’action.

3 juil. 2026

Alors que l’ENA achève sa mutation, où en est SeRViR Alumni, association des Alumni de l’ENA et de l’INSP ?

L’association a vécu un moment très difficile lors de l’annonce par le président de la République de la transformation de l’Ecole nationale d’administration (ENA) en Institut national du service public (INSP) dans le cadre de la réforme de la gestion de la haute fonction publique. Mais, bien que sa mutation ait été amorcée en 2021, notre école, créée le 9 octobre 1945 - il y a plus de 80 ans -, a gardé ses fondamentaux et l’association, malgré son changement de nom, a préservé ses acquis. Représentative de tous les métiers de la haute fonction publique, son rôle est double : d’une part, assurer la cohésion d’une communauté qui a la même formation et la même culture ; d’autre part, intervenir dans le débat public concernant nos sujets.

Ce bouleversement du paysage a touché la population des énarques et entraîné une baisse des adhésions à l’association. Nous comptons 12 000 anciens élèves Alumni ou diplômés des masters et masters spécialisés, dont 6 000 anciens élèves étrangers. Sur les 6 000 anciens élèves français, 4000 ont aujourd’hui un compte actif sur notre site et une majorité d’entre eux paient une cotisation. À présent, il s’agit de redynamiser l’association pour attirer de nouveaux adhérents.

Elu président de l’association au mois de février 2026, quel cap donnez-vous à votre mandature ?

J’ai été élu pour un mandat de trois ans que je ne renouvellerai pas, comme je l’ai annoncé. Avec mon programme, j’ai pris des engagements et fort d’une légitimité issue de mon élection et d’une grande liberté d’action, j’entends les mener à bien. Le premier axe dominant est le rétablissement du service « Carrières » qui permet aux adhérents de connaître les avis de vacances d’emplois communiqués par les ministères. Ce service, qui était artisanal et qui ne fonctionne plus depuis trois ans, se professionnalise, avec notamment le recrutement d’un alternant data analyst qui va nous permettre de structurer la connaissance de nos données et de développer de nouveaux services. L’annuaire de l’association sera mis à jour automatiquement tous les jours, une aide à la rédaction de CV et à la conception d’un profil LinkedIn sera apportée ainsi qu’une aide à la préparation des comités d’audition désormais obligatoires pour les plus hauts postes de l’administration.

Notre démarche est d’être présents tout au long de la carrière des hauts fonctionnaires, de les soutenir et de les accompagner. À cet égard, je prendrai exemple sur le comité Parcours & Carrières qu’en tant qu’inspecteur général des finances, je préside à Bercy. Il est chargé d’offrir une assistance au parcours professionnel des cadres supérieurs, un passage en revue des compétences acquises et d’établir des recommandations. J’aspire à mettre en place pour Servir une véritable « machine de guerre » et nous allons la présenter en détail dans tous les ministères.

Par ailleurs, toujours dans le cadre du service « Carrières », nous organiserons des petits-déjeuners qui réuniront une dizaine d’anciens élèves récemment sortis de l’INSP avec de jeunes anciens ou un grand témoin avec lequel ils pourront dialoguer. Et nous poursuivrons les Rencontres de l’Observatoire, trois à quatre fois par an, avec des invités prestigieux. In fine, l’idée est de montrer aux anciens élèves, en particulier les 35-55 ans, qu’une association de bénévoles peut mener des projets constructifs, concrets, et leur apporter un véritable service.

À ce panorama, j’ajouterai une autre intention : le renforcement et le développement des relations nouées avec les autres associations d’anciens élèves du service public, celles des grands corps tels le Conseil d’Etat ou l’Inspection générale des finances, mais pas seulement… Il y a un foisonnement d’associations avec lesquelles nous pouvons engager des actions communes.

Le second axe déterminant de votre plan d’action a trait à l’intervention de l’association dans le débat public. Que comptez-vous entreprendre ?

Il s’agit de faire entendre la voix des anciens élèves, car nous avons des choses à dire. Nous sommes un interlocuteur incontournable dans l’écosystème dans lequel nous évoluons. Nous aspirons à travailler avec l’Administration, à porter nos réflexions sur les réformes relatives à la haute fonction publique et à toute évolution de l’INSP. D’où l’importance de parfaire la communication de l’association, de la dynamiser, de renforcer notre présence sur les réseaux sociaux et de rendre public ce que nous proposons.

Je citerai un exemple en cours qui atteste de l’engagement de l’association sur les sujets qui nous occupent : la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) nous a demandé une contribution dans le cadre de son projet stratégique « DGAFP 2030 -2050 partenaire des services publics » *.

Qu’en est-il du rayonnement de l’association à l’international ?

L’association est présente dans 107 pays dans le monde et 45 associations étrangères y sont membres. Cependant, force est de constater que nous avons de moins en moins d’élèves en provenance de l’Europe alors que les principaux partenaires de la France sont européens ! Nous sommes face à une déperdition importante et nous devons aider l’INSP à trouver les voies et les moyens pour faire revenir les élèves européens. Nous y travaillons actuellement, notamment avec l’ambassade d’Allemagne et notre ministère des Affaires étrangères. Il s’agit là d’un investissement à long terme.

*Ce projet stratégique positionne la DGAFP comme pilote des politiques RH de toute la fonction publique et consolide sa place comme DRH de l’Etat.