Des logiques diverses pour une aspiration unique - La retraite dans le monde commentée par Pierre-Louis Bras

Le 15ème rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) brosse un panorama des systèmes de retraites adoptés en France et dans dix pays étrangers. Un voyage comparatif dont le président de la structure, Pierre-Louis Bras, nous dévoile ici les enseignements les plus marquants.

Question : Le COR avait déjà publié, en 2016, une étude mettant en perspective les systèmes de retraites français et étrangers. Ce nouveau rapport en est-il la mise à jour ?

Il actualise effectivement les données présentées en 2016. Mais il les enrichit et propose une analyse plus approfondie de la logique des systèmes de retraite de chacun des pays. Il traite de sujets nouveaux notamment les perceptions à l’égard de cette étape de la vie.

Question : Tous les systèmes ne répondraient-ils donc pas au même objectif ?

Pouvoir, un jour, s’arrêter de travailler tout en maintenant la capacité de consommer connue pendant la vie active peut être considéré comme une aspiration universelle. Par rapport à cette aspiration, certains systèmes de retraite publics se bornent à garantir un niveau de vie décent, qui permette d’échapper à la pauvreté ; d’autres, plus ambitieux, visent à garantir une retraite en rapport avec les revenus perçus en activité.

Question : De ces deux logiques découlent donc des réalités très différentes ?
En effet. Dans le premier cas, les exigences sont réduites en termes de contributions publiques préalables et les actifs doivent avoir recours à des dispositifs de capitalisation privée pour maintenir leur niveau de vie. C’est la voie choisie notamment par le Canada, les Pays-Bas ou encore le Royaume-Uni. Dans ce dernier pays, un certain niveau de capitalisation privé a d’ailleurs été rendu quasi obligatoire pour les salariés. Dans le second schéma - dont relèvent la France, l’Allemagne ou l’Italie - le montant de la retraite est lié aux revenus perçus pendant la vie active à travers la durée d’assurance et le montant des salaires et/ou les cotisations acquittées. La part des retraites publiques dans le PIB est plus importante dans ces pays et celle de l’épargne retraite par capitalisation plus réduite.
D’autres pays enfin – la Suède, les États-Unis ou le Japon – se situent entre ces deux pôles.

Question : Ces différences influent-elles sur le niveau de vie comme sur la perception que chaque population a de la retraite ?
Globalement, les retraités auxquels le système public se borne à assurer des revenus « décents » disposent d’un niveau de vie plus faible. Mais paradoxalement, c’est dans les pays où leur situation est la plus favorable que les retraités se sentent moins bien lotis ! Ainsi, plus d’un Français sur deux estime que les retraités ont un niveau de vie inférieur à l’ensemble de la population active alors que c’est objectivement l’inverse.

Question : Quelles en sont les conséquences en matière de retraite supplémentaire ?
L’épargne retraite privée a évidemment moins tendance à se développer lorsque le système public garantit un bon taux de remplacement. Néanmoins, le taux d’épargne moyen est relativement élevé en France. Ce qui surprend, c’est que cet effort d’épargne, du moins pour ceux qui le peuvent le consentir, reste relativement élevé en France même après le départ à la retraite, alors que l’on s’attend plus à ce que les retraités utilisent leur épargne pour consommer : le taux d’épargne médian, ne cesse d’augmenter tout au long de la vie pour atteindre 40 % après 75 ans.